L’HISTOIRE DE L’AVIATION – des origines à 1914
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1911. Avion-amphibie « Canard » de Voisin (France)

DEPUIS les amères expériences de planeurs à flotteurs faites à Billancourt et au lac d’Enghien, Gabriel VOISIN n’avait construit que des appareils terrestres, qui lui avaient d’ailleurs apporté gloire et argent. Libre de, ses mouvements, il décida de réaliser un appareil nouveau qui pourrait voler et flotter. Toutefois, comme le problème de l’hydravion avait été résolu dans l’entre-temps par Fabre et par les frères Dufaux, VOISIN chercha à améliorer plutôt ce genre d’aéroplane et eut finalement l’idée d’en faire un engin amphibie, c’est-à-dire à la fois terrestre et nautique. Le 3 août 1911, il y avait foule sur les bords de la Seine pour voir amerrir le nouvel appareil construit par les frères VOISIN. On se souvenait encore du bain forcé pris en 1905 par Gabriel VOISIN sur le planeur « Blériot-Voisin ». À 8 heures, au poste de pilotage de son Canard, Maurice COLLIEX décollait du fameux polygone d’Issy-les-Moulineaux. Les roues, dépassant de peu les trois flotteurs du type Fabre, remplissaient parfaitement leur office. Puis Gabriel VOISIN monta assez haut et prit aussitôt la direction de la Seine. Bientôt la foule apercevait l’appareil entamant la descente vers le fleuve. Elle doutait que l’aviateur oserait se poser sur l’eau avec un avion qui venait de quitter la terre ferme. VOISIN, maintenant, n’était plus qu’à quelques mètres de la Seine. Parvenu au raz de l’eau, il coupait le moteur Gnôme-Rhône de 80 CV et, durant quelques instants, le Canard planait dans le sifflement aigu de ses câbles, puis les trois flotteurs se posaient mollement, lançant de longues gerbes d’écume. VOISIN avait réussi parfaitement le premier vol d’un avion amphibie. Le public enthousiaste applaudissait chaleureusement. Plusieurs barques se détachaient du rivage et allaient à la rencontre du valeureux constructeur. Mais, très sûr de sa machine, VOISIN voulait prouver que son Canard était tout aussi capable de décoller de l’eau que de la terre : une demi-heure plus tard, il repartait, s’élevait de la Seine avec aisance, montait et allait se poser à Issy.