L’HISTOIRE DE L’AVIATION – des origines à 1914
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1911. Monoplan caréné de Levavasseur (France)

LORS des débuts de l’aviation, deux hommes furent célèbres pour leur... mauvais caractère : Henri Farman et Léon LEVAVASSEUR. Le second surtout se butait jusqu’à l’aveuglement. La rançon du génie, chez le père de la marque « Antoinette », était cet entêtement farouche qui le faisait persévérer dans ses erreurs. Il paya cher ce défaut, qui devait entraîner la chute de sa marque. En 1911, la Société « Antoinette » était en mauvaise posture financière et avait un urgent besoin de réussir un coup d’éclat afin d’éclipser les dangereux rivaux qui briguaient comme elle les commandes de l’armée. or, LEVAVASSEUR avait précisément un appareil exceptionnel, qu’il présenta au concours militaire de 1911. Cet engin contrastait incroyablement avec ses concurrents, tant il était fonctionnel, pur de lignes, sans aucune saillie parasite : bref, d’un aérodynamisme parfait. Son constructeur avait été le premier à donner une épaisseur progressive aux ailes, avec un profil présentant des courbures dorsales et ventrales, puis à les doter d’une structure à poutres triangulées. En avance de plus de vingt ans sur son époque, une telle machine était d’allure si moderne qu’on pourrait aujourd’hui la confondre avec une production de 1930-1935. Avec une prescience extraordinaire, LEVAVASSEUR avait même caréné le train d’atterrissage qui était jumelé et en tandem : système adopté quarante ans plus tard !... De plus, l’empennage était réglable comme sur les avions supersoniques à réaction !... Ainsi, ce précurseur avait dessiné et réalisé l’« avion-type » des années avant quiconque, en un temps où bien des avions ressemblaient à des oiseaux écorchés. Hélas, LEVAVASSEUR avait tant de confiance dans la cellule de son nouveau monoplan qu’il avait négligé de le munir d’un moteur suffisant. Faute d’argent, d’autre part, il n’en avait guère soigné la finition. Des amis, des conseillers lui signalèrent ces fautes techniques : il ne voulut rien entendre, hâtant au maximum la construction de son appareil, dont il causa ainsi la perte. Devant la commission militaire, l’échec fut net et tranchant.