L’HISTOIRE DE L’AÉROSTATION – des origines à 1940
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1907. Dirigeable « Patrie » (France)

CONSTRUIT par les frères Lebaudy à Moisson, sur le modèle du prototype surnommé Le jaune par les Parisiens, mais plus grand, plus robuste et plus perfectionné sur de nombreux points, le dirigeable Patrie était l’orgueil de l’Armée et de la, Nation française. Imposant, avec ses 61 m de long et son volume de 3 300 m3, il était doté d’un ballonnet interne stabilisateur de 672 m3 qui augmentait la sécurité. Un moteur de 70 ch actionnait deux hélices, et, outre le fait qu’elles donnaient au dirigeable une meilleure maniabilité, elles lui assuraient également une bonne vitesse de croisière. Lors de sa livraison à l’Armée, qui l’avait commandé, l’appareil accomplit le vol depuis le hangar de Moisson jusqu’à celui de Chalais-Meudon le 15 décembre 1906, à la grande satisfaction de ses constructeurs. Pendant la Fête nationale du 14 juillet 1907, les Parisiens suivirent avec enthousiasme les évolutions parfaites du « Patrie » au-dessus de la plaine de Longchamp. Le 29 novembre de cette année-là, le grand dirigeable sortit du hangar de Verdun, avec à son bord des généraux et des officiers d’État-Major pour accomplir une excursion vers la frontière alsacienne. Il navigua en parfait équilibre pendant un quart d’heure environ, puis d’un seul coup, on le vit partir à la dérive, en proie aux rafales du vent. Suivi par les officiers à cheval, et signalé télégraphiquement aux villages environnants, le dirigeable put être surveillé de près. Vers le soir, quand il se rapprocha de la terre à une quinzaine de kilomètres de Verdun, sa descente fut facilitée par les équipes de secours déjà prêtes à le recevoir. Deux cents hommes accourus de tous les environs le saisirent par les cordes et parvinrent à l’amener, puis à le maintenir à terre, tandis que de fortes rafales de vent secouaient violemment l’enveloppe. Pendant toute la nuit du 29 et la journée entière du 30, les soldats luttèrent sans répit contre les rafales de plus en plus fortes. En fin de journée, une bourrasque plus violente que les autres les contraignit à lâcher prise ; le ballon s’envola alors dans le ciel et disparut pour toujours.